Changer de bocal pour
Changer la société

 

La société que nous vivons

1.3. Le système économique français

Résumé

Le système économique est fondé sur le principe d'une société de consommation:
Une élite détient l'essentiel des outils de production-distribution des biens et des services.
L'individu est préparé par les règles et les routines sociales, puis formaté par la publicité et les différents media, pour devenir un consommateur assidu et docile.
Le profit recherché par les premiers nécessite, pour maintenir le fonctionnement du système, de produire toujours plus et donc de faire consommer plus...

L’économie est l'activité humaine qui consiste à produire, distribuer, échanger et consommer des biens et des services.

L'économie est dite libérale parce qu'elle est caractérisée par la propriété privée des moyens de production. La terre, les mines, les usines, les entreprises, les banques... n'appartiennent pas à l'Etat, mais plus généralement à des individus isolés ou organisés en sociétés. Les moyens de production sont transmissibles, notamment par héritage.

Dans ces entreprises, les patrons sont détenteurs des capitaux et les travailleurs fournissent leur force de travail rémunérée par un salaire. Le but de l'entrepreneur est de réaliser des profits.

Le libéralisme économique se traduit par une libre concurrence à tous les niveaux:

  • Libre concurrence entre les entreprises pour gagner les parts de marché, se traduisant par la faillite des plus faibles au profit des plus fortes qui se concentrent au point de devenir dominantes sur le marché.
  • Libre concurrence sur le marché du travail conduisant, avec le concours de l'automatisation et de la robotisation des tâches, au chômage, donc au déséquilibre entre offre et demande d'emploi, et donc à la dévalorisation marchande de la force de travail.

 

1.3.1. Notre système économique est fondé sur une société de consommation

Interrogez l'homme de la rue pour savoir comment il se situe ou comment il se sent vivre dans la société: Il ne va pas commencer par vous parler de politique ou d'éducation; il va plutôt vous parler de la société de consommation, de ce qu'il peut acheter, de ce qu'il ne peut pas, de sa voiture, de sa télé, de son habillement, de sa maison. Pour une grande partie des gens, la société c'est d'abord la société de consommation.

La consommation n'était à l'origine qu'un moyen de satisfaire les besoins primaires : se nourrir, se vêtir, se loger, se soigner. Elle est devenue le symbole phare d'une façon de vivre. Mieux ! (ou pire suivant le point de vue) elle est devenue le centre et l'assise du modèle de société que nous nommons démocratie. Les produits que nous consommons ne sont plus des produits de première nécessité. Ils sont devenus des produits de confort, puis des produits de luxe, des produits sans cesse démodés par leurs remplaçants.

Mieux encore : même les objets, les appareils ménagers, les ordinateurs sont programmés pour devenir obsolètes, ou bien pour tomber en panne au bout d'une durée déterminée. Si Henri Ford n'a pas inventé l'obsolescence programmée, il a créé le système de production qui a permis à cette pratique de se développer largement. Avec son organisation du travail à la chaine fondée sur le taylorisme, il a permis la production d'automobiles en masse à l'instar de sa Ford T qui a inondé le marché américain. Qu'il s'agisse d'ampoules électriques, de bas nylons, d'imprimantes,… les fabricants conçoivent leurs produits en incluant des défaillances voulues pour encourager les consommateurs à les remplacer plutôt qu'à les réparer.

Fin 2017, la firme Apple est épinglée pour avoir introduit dans les anciens modèles d'iphones en service, via le téléchargement des mises à jour, un codage qui permet de ralentir leur fonctionnement. Sous couvert de protéger ainsi les batteries, ce ralentissement est destiné à faire acheter le nouveau modèle présenté comme beaucoup plus rapide et performant que les modèles anciens.

En savoir plus sur l'obsolescence programmée
Complément vidéo ici

 

1.3.2. Seul le profit compte

Commençons par quelques exemples:

  • Le scandale des automobiles diésel, trafiquées pour masquer la réalité de leur pollution, s'étend à toute l'industrie automobile, y compris les camions, après avoir été initialement révélée chez Volkswagen.
  • Le scandale du Médiator, celui du Distilbène, celui de l'anti inflammatoire Vioxx, celui de la pilule Diane 35 destinée à combattre l’acné mais prescrit pendant 30 ans comme une pilule contraceptive, celui du lait maternel frelaté, celui des implants mammaires....
  • 2018 commence par le scandale Lactalis. Ce géant de la transformation laitière doit fermer une usine à Craon (Mayenne) pour infestation de salmonelles. L'industriel savait pourtant, depuis plus de 6 mois, que sa chaîne de production était contaminée. Il l'a même caché en septembre 2017 lors d'une inspection des services sanitaires du ministère de l'Agriculture qui ne relèvera "aucun dysfonctionnement"! Début décembre 2017 Lactalis, sur ordre de la Direction générale de la Santé, rappelle les lots de poudre de lait pour bébés de la marque "Milumel". Mais plusieurs semaines plus tard on découvre que les boîtes du lait incriminé sont toujours en vente dans les rayons des grandes enseignes de distribution: E. Leclerc, Auchan, Cora, Carrefour, Système U, Intermarché.

 

La société de consommation se clive en deux catégories : ceux qui consomment (M. Toulemonde) et ceux qui tirent profit du système c'est-à-dire une minorité (M. Crésus).

M. Crésus est puissant car il possède le capital nécessaire pour faire tourner le système; il possède le savoir et les moyens de continuer à savoir toujours plus et plus vite que M. Toulemonde. Malgré la possibilité qu'a M. Toulemonde de s'informer, notamment via internet, il n'a pas la "surface financière" suffisante pour devenir un M. Crésus. Il est vrai que quelques uns y arrivent… Mais il faut dire que tout ça parait un peu trop compliqué à M. Toulemonde qui préfère se contenter de jouir de la possibilité de consommer.


Illustration de Philippe Geluck

Et bien souvent il consomme ne serait-ce que pour satisfaire son ego en montrant ses nouvelles acquisitions à son voisin et à ses proches.

 

1.3.3. Le prix ne résulte plus seulement de la loi de l'offre et de la demande

Jusqu'à la moitié du XXème siècle le prix des produits était lié à leur abondance ou à leur rareté. Lorsque le produit est rare, la demande dépasse l'offre et le prix augmente. En cas de surproduction c'est l'inverse: l'offre supérieure à la demande fait chuter le prix. Mais aujourd'hui, cette loi naturelle est modifiée par les techniques de marketing que l'on pourrait qualifier de "vente à tout prix"!

Prenons l'exemple du beurre. Son prix, en France, était déterminé comme ailleurs dans le monde par la loi de l'offre et de la demande. La politique agricole commune (PAC) de l'Europe est intervenue périodiquement pour "réguler" le marché, notamment par l'institution de quotas laitiers, puis par leur suppression...
Fin 2017 on assiste très soudainement à une pénurie de beurre dans les rayons des supermarchés et une flambée des prix. On pourrait donc penser que les éleveurs ne produisent plus assez de lait entraînant une pénurie de beurre, donc hausse des prix. Mais c'est ce caractère de crise soudaine qui pose question: la raréfaction du beurre sur le marché ne peut pas être soudaine compte tenu de son mode de production. Un troupeau de vaches - et à fortiori tout l'élevage français - ne peut pas arrêter soudainement de produire du lait. Les effets d'une modification de politique agricole ne peuvent se voir qu'au fil de nombreux mois. En fait, et malgré le bourrage de crâne médiatique tentant de justifier cette pénurie, il s'agit d'une tout autre raison. Ce sont les distributeurs (dont E. Leclerc, malgré ses affirmations non étayées) qui boycottent l'achat de beurre afin d'asphyxier les producteurs et ainsi les obliger à une baisse artificielle du prix. Ces distributeurs refusent de payer le beurre au prix du marché de façon à apparaître comme les défenseurs du pouvoir d'achat aux yeux de leurs clients-consommateurs. Le prix du beurre n'est plus la résultante de la loi de l'offre et de la demande, mais la résultantre d'une lutte d'image - et d'une lutte de dominance - entre distributeurs. Car les rayons beurre de tous les supermarchés ne sont pas vides ! D'ailleurs, pourquoi les rayons yaourts et fromages ne sont-ils pas vides alors qu'ils sont fabriqués avec le lait des mêmes vaches? Il ne s'agit donc pas d'une pénurie de matière première comme indiqué sur les panneaux placés sur les rayons vides.

On retrouve cet exemple du beurre dans tous les domaines de la distribution. L'achat de biens de consommation, qui était le principe de cette société, en est devenu la finalité. De nécessaires et rares, les produits sont progressivement devenus surabondants. Et M. Crésus s'est mis à dépenser des montagnes d'euros en marketing pour faire adopter ses produits de force. Pour cela il invente des stratagèmes pour faire croire à l'indispensabilité de ses nouveaux produits. Il crée des produits superflus et, grace au marketing, arrive à les rendre indispensables.

Ainsi, l'objet consommable tend à devenir l'objet jetable. Il ne faut plus produire des objets résistants et durables car cela augmenterait leur coût et surtout leur durée de vie, ce qui nuirait à leur renouvellement et finalement au principe même de la consommation. Pour faire des profits il faut rendre les produits rapidement obsolètes et les remplacer par des nouveaux, aux caractéristiques parfois meilleures mais surtout différentes, plus à la mode afin d'inciter au nouvel achat. Il faut accélérer le "turn over" pour maintenir la pression et le profit.

Cependant des voix commencent à s'élever pour dénoncer cette société de consommation uniquement préoccupée par le profit. Récemment les partisans de la "Décroissance" ont emboîté le pas des altermondialistes et de certains écologistes.

 

1.3.4. L'individu est formaté pour consommer

Lorsque l'on essaie de faire comprendre à M. Toulemonde qu'il est sous influence et que, de l'extérieur, il est possible de le manipuler, y compris pour commettre des actes qui vont à l'encontre de sa propre morale, il montre beaucoup de scepticisme et pense qu'il s'agit là d'affabulation. Pourtant l'expérience de Milgram montre que la manipulation mentale est une réalité et que cette réalité peut même être atterrante.

Cette expérience est en fait une série d'expériences de psychologie réalisées entre 1960 et 1963 par l'américain Stanley Milgram. Ce psychologue cherchait à évaluer le degré d'obéissance d'un individu, placé devant une autorité qu'il juge légitime, en analysant le processus de soumission à la dite autorité, notamment quand ces actions posent des problèmes de conscience au sujet.
En savoir plus sur l'expérience de Milgram

 

La publicité s'adresse d'abord aux jeunes parce que les publicistes ont compris que nous ne naissons pas consommateurs, nous le devenons. Ils savent aussi que les enfants sont de formidables prescripteurs pour leurs parents.

Conscients des méfaits de la publicité sur les enfants, plusieurs pays comme le Royaume-Uni, la Suède, la Belgique ou l’Irlande l’ont déjà interdite ou limitée dans les programmes jeunesse.

 

La publicité utilise les ressorts de l'inconscient: désirs, érotisme, stéréotypes.

 

La publicité pousse à consommer toujours plus

 

1.3.5. Consommation prédictive et algorithmes

Lorsque nous surfons sur internet TOUS les détails de notre comportement sont scrutés à la loupe, analysés, stockés et utilisés. Comment? Grâce à des programmes espions que les informaticiens appellent "algorithmes". Tous les détails, vraiment? Oui: La façon dont nous sommes arrivés sur la page analysée, le type de notre appareil (ordi, tablette, smartphone), le système d'exploitation (Windows, Mac, Safari,...), le temps que nous passons sur la page, les éléments que survole notre souris, les objets qui ont retenu plus ou moins longtemps notre attention, les liens sur lesquels nous cliquons pour développer, la page sur laquelle nous allons en quittant, etc, etc... Toutes ces données sont ensuite compilées (= comparées aux données en stock) pour définir mathématiquement notre profil de consommateur, prévoir notre comportement futur et surtout nous présenter les produits de la façon la plus attractive possible. Les données sont stockées dans des cookies et seront réutilisées lorsque nous reviendrons sur la page grâce à la collecte de notre identité (= l'adresse IP de notre appareil).
Plus de détails sur le Journal Du Net.

 

1.3.6 L'individu: consommateur à tout prix

Bien entendu, pour arriver à cette fin, la société donne à l'homme-mouton un certain pouvoir d'achat. S'il n'a pas ce pouvoir d'achat par son travail (salaire), on le lui donnera sous les formes multiples de l'aide sociale financée par des prélèvements sur les revenus de ses congénères dotés, eux, d'un contrat de travail plus rémunérateur. C'est une sorte de péréquation entre ceux qui ont du travail, donc un pouvoir d'achat, et ceux qui n'en ont pas, (ou qui ne veulent pas en avoir), sachant que de toutes façons on leur donnera le pouvoir d'acheter. Ce qui compte n'est pas le pouvoir d'achat, compris au sens de richesse possédée, mais le pouvoir de consommer; donc le pouvoir de faire en sorte que la machine continue de tourner et de générer des profits aux dirigeants cités plus haut.

Depuis quelques années un débat est d'ailleurs lancé afin de préparer l'idée d'un revenu minimum garanti, sans aucune condition préalable. Le but annoncé d'un tel revenu est de redonner de la dignité à la population marginalisée et paupérisée. Cette idée est louable sous un certain nombre de conditions. Mais, dans le cadre de notre société actuelle, le véritable but est de donner à cette population l'accès à une plus grande consommation. Un tel revenu minimum inconditionnel est déjà en expérimentation notamment au Canada, en Inde ou en Namibie.

 

1.3.7. L'économie libérale: second ou premier pouvoir?

Le libéralisme économique conduit à l'élimination inexorable des entreprises les moins performantes ou qui ont une "surface économique" insuffisante. Le corollaire en est la concentration du pouvoir économique aux mains de quelques oligopoles, voir monopoles, et par voie de conséquence la perte d'emploi pour de nombreux travailleurs. Ces derniers ne sont pour rien dans ces jeux de concentration dénués de tout état d'âme qui ne visent que l'acquisition d'une place dominante sur le marché. Mais ils en sont les victimes.

Si nous mettons en parallèle le libéralisme économique aboutissant à des "jeux de massacres sociaux" et les politiques sociales du gouvernement visant à panser, par diverses allocations "compensatrices", les plaies produites, nous sommes en droit de nous demander où se situe le véritable pouvoir! Est-il aux mains de l'Etat ou dans celles de l'Economie?

D'ailleurs nous voyons apparaître depuis peu dans le discours du patronat le terme de "Gouvernance", terme vu (et insidieusement énoncé) comme une résistance, voir une opposition au terme de "Gouvernement". Il procède d'une remise en cause du rôle de l'Etat et du pouvoir même de l'exécutif par des techniques de lobbying; une remise en cause de la légitimité même de l'Etat au profit de l'intégration des ambitions économiques dans les orientations politiques et l'exercice du pouvoir.

 

1.3.8. La croissance a ses limites

La croissance est l'augmentation, constante et stable dans le temps, des richesses produites à l'intérieur d'un pays. La plupart du temps cette croissance est seulement une donnée économique mesurée par l'augmentation du PIB (produit intérieur brut). Elle ne prend pas en compte l'accroissement (éventuel) de la satisfaction de la population qui utilise cette production. C'est une donnée purement technique.

Or, la croissance dépend de plusieurs paramètres dont les principaux sont:

  • La disponibilité en matières premières utilisées dans le processus de production
  • La disponibilité en main d'oeuvre en quantité (population active) et en qualité (formation, qualification,...)
  • La disponibilité du capital et la façon dont il est investi (Plus de machines outils, plus performantes, robotisation, recherche et développement...)
  • La capacité d'innovation qui va générer une plus ou moins grande productivité: robotisation
  • Le comportement de la population en quantité (croissance démographique) comme en qualité: soutien de la croissance par une confiance se traduisant par une consommation des produits finaux, ou décroissance soit par saturation de la capacité à consommer, soit par rejet des conséquences néfastes de la croissance économique sur le bien-être humain et sur la santé de la planète...

Les limites

Il est clair, du moins pour une large majorité de scientifiques, que les matières premières ne sont pas inépuisables. De même l'accroissement de la population mondiale ne peut pas être infini, pour une simple question d'espace d'une part, de nourriture et de santé d'autre part.

On parle aujourd'hui de besoins essentiels et de besoins artificiels. On parle de commerce équitable. On parle autant de décroissance que de croissance. Les questions d'environnement, de bien être humain, et même depuis peu de bien-être animal, entrent, parfois avec fracas dans le discours politique et dans le débat public (cf l'annonce par le président Trump du retrait des USA de la conférence de Paris sur le climat).

Il est temps de s'arrêter et de réfléchir aux limites de la croissance. Il est temps de se rendre compte que le système économique ne peut plus continuer à se fonder sur une croissance infinie. Il est urgent de préparer un avenir meilleur pour nos enfants. Il est urgent de réfléchir à un "changement de bocal".

L'argent  

 

Commentaires:
Vous souhaitez réagir à cet article? Utilisez la page contact pour envoyez votre commentaire.
Il sera publié ci-desous (seulement si vous le précisez dans votre message)