Changer de bocal pour
Changer la société

 

La société que nous vivons

 

1.5. Le système social découle du système économique

Résumé

Depuis la nuit des temps, une élite restreinte a présidé au destin de la multitude humaine. Les révolutions sociales, les luttes paysannes et ouvrières ont permis de sortir de l'esclavage et de faire valoir les droits de l'homme. Mais l'élite dominante n'a cependant jamais cessé de restreindre les droits acquis.
La sécurité sociale comme le droit à la retraite sont grignotés de toutes parts, les salaires et les conditions de travail sont mis à mal par le chômage et la précarité, l'imposition (directe et indirecte) vient alimenter des dépenses de l'Etat qui profitent essentiellement aux nantis (cadeaux aux entreprises).
Pour se rapprocher des bassins d'emploi, les populations se sont entassées dans les villes et subissent mal logement, mal bouffe, insécurité et pollution.

 

Le système social est caractérisé par des inégalités croissantes et un accès de plus en plus difficile à des fondamentaux comme le logement, la nourriture, les soins médicaux. Pendant ce temps l'industrie du luxe se porte bien, les restaurants étoilés Michelin sont bien remplis. Les individus s'entassent dans les villes, dont l'air devient irrespirable, et s'ignorent en vivant côte à côte.

A quoi peuvent bien être dûs "malêtre" et "malbouffe"?

 

1.5.1. La concentration urbaine

A la fin du 18ème siècle, 80% des Français vivaient à la campagne. Aujourd'hui, ce rapport s'est inversé et la France, comme d'ailleurs ses voisines européennes, n'a jamais été aussi urbanisée: 5 Français sur 6 vivent à l'intérieur ou en périphérie d'une agglomération urbaine (banlieues).

 

1.5.2. La santé et la sécu

"Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux."
Déclaration universelle des droits de l'homme - 1948

Pourtant, dans les faits, le système déjà inégalitaire le devient de plus en plus puisqu'il permet des déductions forfaitaires du remboursement des soins.
---> forfait de 1 euro sur la consultation chez le médecin de ville;
---> forfait hospitalier de 18 euros;
---> forfait de 18 euros sur les actes supérieurs à 91 euros;

---> La franchise médicale est une somme qui est déduite des remboursements de médicaments, d'actes paramédicaux et de transports sanitaires. Le montant déduit des remboursements se cumule avec la participation forfaitaire: 0,50 € par boîte de médicaments, flacon ou préparation; 0,50 € par acte paramédical (tous les actes effectués par les infirmiers, les masseurs-kinésithérapeutes, les orthophonistes, les orthoptistes et les pédicures podologues); 2 € par transport sanitaire, pour chaque trajet (soit 4 € pour un aller-retour). Sans compter les dépassements d'honoraires.

Or, les déductions forfaitaires, par définition non liées aux revenus, pèsent beaucoup plus sur les faibles revenus que sur les revenus élevés. Selon Pierre-Yves Geoffard, Directeur de recherche au CNRS, le "reste à charge représente 8% des revenus pour les 10% de patients les plus pauvres, alors que pour les 10% les plus riches il ne pèse que 0,5% de leurs revenus".

"Trouverait-on normal que Liliane Bettencourt ait droit à l'Allocation personnalisée d'autonomie (APA) si elle la demandait?" s'interroge de son côté Claude Le Pen, professeur à l'université de Paris-Dauphine. Nous assistons donc à la mise en place progressive d'une santé pour les riches.

 

1.5.3. Privatisation intégrale du travail, petits boulots et auto-exploitation

En plus du chômage, notre système est en train de créer une nouvelle catégorie sociale: Les travailleurs des petits boulots dégradés. Une aubaine pour le patronat qui pousse à la dérégulation du travail et rêve d'en finir avec le salariat.

Les auto-entrepreneurs

Il s'agit d'inciter les demandeurs d'emploi - et aussi ceux qui en ont assez de leur condition de salariés soumis à un patron ou à une hiérarchie qu'ils ne supportent plus - à se lancer dans la création de leur propre emploi indépendant. L'Etat a créé pour eux, en 2008, un statut sur mesure et alléchant:

  • Démarches administratives légères à la création,
  • Pas besoin d’apport de capital,
  • Cotisations sociales proportionnelles au chiffre d'affaires (ni cotisation ni impôt si pas de recettes),
  • Aucune obligation de publication de comptes,
  • Franchise de TVA
  • Cumul possible avec une activité salariée.

Certains patrons proposent même à leurs salariés de devenir prestataires indépendants pour effectuer leur travail habituel: Le patron y trouve la flexibilité de l'emploi, n'a plus à payer de cotisation sociales, ni indemnités de licenciement en cas de désaccord. L'ex salarié devient maître (en théorie seulement) de l'organisation de son travail, paie lui-même ses cotisations et gère son temps de travail. Mais il perd toute garantie d'emploi, de salaire et de retraite.

C'est l'application de ce nouveau statut d'auto-entrepreneur qui a permis la mise en place des plateformes - telles Uber - dans le domaine des taxis (VTC), des livraisons de colis ou de repas à domicile, de distribution de matériel publicitaire...

Les travailleurs de ces plateformes sont indépendants juridiquement mais dépendants réellement (en fait: sous traitants) du travail fourni par les plateformes , ainsi que le fait remarquer un auto-entrepreneur concerné: "Pour arriver à un salaire intéressant, il faut travailler une soixantaine d’heures par semaine. Sur ce revenu, il faut payer environ 23% d’impôts au titre de l’auto-entrepreneuriat. L’arnaque totale. T’es taxé alors que eux, tes patrons, ils ne paient aucune cotisation sociale."

Les auto-entrepreneurs peuvent être: cireurs de chaussures, nettoyeurs, ménagères et aides à domicile payées directement par le client et subventionnées par les crédits d'impôts,...

Les stagiaires à tout faire

D'autres petits boulots sont assurés par des stagiaires "sous contrat de professionnalisation". Leurs employeurs sont souvent les grandes surfaces (subventionnées par l'Etat) et leurs boulots consistent à remplir les rayons et faire du nettoyage.

Les employés des services civiques

Le Service Civique, indemnisé 573 euros net par mois (2016), peut être effectué auprès d’associations, de collectivités territoriales (mairies, départements ou régions) ou d’établissements publics (musées, collèges, lycées…), sur une période de 6 à 12 mois en France ou à l'étranger, pour une mission d'au moins 24h par semaine. Un engagement de Service Civique n'est pas incompatible avec une poursuite d'études ou un emploi à temps partiel.

Tous ces "aménagements" visent d'une part à dégonfler artificiellement les chiffres du chômage, et d'autre part à réduire progressivement les obligations des employeurs envers leurs employés. Le statut d'auto-entrepreneur donne aux individus l'impression de devenir entièrement maîtres de leur vie. En réalité il s'agit d'un transfert (déguisé) des contraintes de l'employeur vers l'individu lui-même et donc d'un miroir aux alouettes.

La révolte des chauffeurs VTC (alternative aux taxis classiques) contre les plateformes (dont Uber) le montre très bien: ils dénoncent un système "d'esclavage moderne".

Un processus inédit de privatisation intégrale du travail est d'ores et déjà engagé. A terme il n'y aura plus de salariés embauchés, ni en CDD ni en CDI. Il y aura seulement des individus, tous indépendants les uns des autres, qui proposeront leurs services aux entreprises pour une mission unique, avec un contrat individuel limité à cette mission, pour laquelle l'individu percevra un forfait TTC. Il appartiendra à l'individu de prendre ses dispositions pour assurer seul ses risques personnels: santé, accidents, chômage, retraite...

 

1.5.4. La retraite

Un cadre à la retraite reçoit un montant total de pensions de retraite 2,4 fois plus élevé qu'un ouvrier.

Espérances de retraite par catégorie sociale d'après l'observatoire des inégalités:

Un ouvrier a "évidemment" une retraite beaucoup plus faible qu'un cadre. De surcroît il en bénéficie beaucoup moins longtemps.

 

1.5.5. La fiscalité est complexe, incompréhensible et injuste

La TVA (taxe sur la valeur ajoutée) constitue plus de la moitié des recettes fiscales de l’État (203,9 Md€, soit 50,8%). C'est aussi l'impôt le plus injuste qui soit: Un riche et un pauvre ont les mêmes besoins de se nourrir, de se vêtir, de se loger,… Or la part que paie le pauvre représente une part de ses revenus infiniment plus grande que la part que paie le riche. Selon l'observatoire des inégalités les taxes indirectes représentent une part deux fois plus élevée du revenu des ménages les plus pauvres que de celui des plus riches.

Certains affirment avec cynisme que la TVA est un impôt égalitaire puisque chacun paie le même taux quel que soit le revenu. Mais le taux n'est pas pas une part équitable du revenu. La TVA et les taxes indirectes représentent 16,63% des revenus modestes (10% des ménages les moins aisés), alors qu'elles ne pèsent que de 7.60% dans les revenus aisés (10% des ménages les plus aisés).

Concrètement: comparons deux ménages A et B dont les revenus mensuels sont de 1 500 € pour A et 5 000 € pour B. Chacun achète un ordinateur identique à 600 € TTC (soit 500 € HT + TVA à 20% = 100 €). Les 100 € de TVA vont peser 6,66% dans le budget du ménage A et seulement 2% dans le budget du ménage B.

Par ailleurs, si chaque ménage a un enfant, le ménage A va dépenser la totalité de ses revenus pour satisfaire l'ensemble de ses besoins élémentaires (alimentation, habillement, logement, santé, …) Il ne pourra rien épargner. Pendant ce temps le ménage B pourra dépenser beaucoup plus pour les mêmes besoins et pourra encore épargner une bonne part de ses revenus. Cette épargne échappera donc à la TVA. Mieux encore: investie en actions ou autres produits financiers elle rapportera des intérêts.

En plus d'être injustes, les taxes indirectes sont sournoises puisque cachées. Beaucoup de gens qui n'ont qu'un faible revenu sont exonérés de l'impôt sur le revenu. De ce fait ils croient qu'ils ne paient pas d'impôts. Erreur! Chaque fois qu'un consommateur passe à la caisse d'un magasin il laisse, sans le savoir, une part qui va à l'Etat: cette fameuse TVA. Pourtant il n'a pas l'impression de payer des impôts... car la TVA est cachée dans le prix TTC.

D'autres taxes forfaitaires sont encore plus injustes, comme la redevance audiovisuelle. Son montant est fixe quels que soient les revenus et quel que soit le matériel audiovisuel utilisé.

 

 

Divers autres moyens sont utilisés pour rendre les impôts plus ou moins invisibles et plus ou moins indolores, comme la mensualisation et le prélèvement automatique. Donner un peu chaque mois provoque moins de "hauts le coeur" que d'avoir à payer des grosses sommes. Et les prélèvements automatiques devenus routine passent, à la longue, presque inaperçus.

L'impôt sur le revenu ne représente qu'un peu moins de 20% des recettes de l'Etat.

Sources: http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/finances-publiques/ressources-depenses-etat/ressources/quels-sont-differents-impots-percus-par-etat.html

Le système judiciaire  

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