Changer de bocal pour
Changer la société

 

Le vrai pouvoir

Le pouvoir de l'Etat se dilue

Résumé

On a facilement tendance à croire que le pouvoir est entre les mains des hommes politiques et notamment du président de la République et du gouvernement. Si c'était le cas, l'alternance des hommes ou des partis "au pouvoir", provoquée par les élections successives, devrait se traduire par des changements radicaux dans la condition sociale du peuple.
Or c'est toujours une majorité de citoyens qui, par leur travail et leur consommation, procure à une minorité de riches leur richesse et... leur pouvoir. Preuve que le vrai pouvoir est ailleurs.
Ce sont les multinationales, associées aux dirigeants des banques centrales qui décident de l'avenir du monde. Les gouvernants officiels ne sont qu'un des rouages du système.

 

Les règles fixées par l'U.E. (traité de Maastricht (1992), pacte de stabilité et de croissance (Amsterdam, 1997 ; Bruxelles, 2005) imposent aux pays participant à la monnaie unique européenne une discipline économique et budgétaire visant à empêcher les déficits publics supérieurs à 3 % du produit intérieur brut.

Déficit public de la France
Déficit public de la France en % du PIB Source: Wikipedia

 

Les déficits budgétaires résultent des décisions politiques, notamment en ce qui concerne les dépenses publiques comme

  • la politique salariale dans la fonction publique
  • le financement de travaux inutiles et coûteux
  • les cadeaux faits aux entreprises:
    ---> Réduction du taux de l’impôt sur les sociétés de 33,3% à 28 %
    ---> Réduction des charges dites patronales
    ---> CICE (crédit impôt compétitivité emploi)
    ---> Plan de sauvetage des banques
    , sans contrepartie, financé depuis 2008 par les deniers publics.

 

Traités de libre échange transatlantiques:
Le transfert opaque du pouvoir de l'Etat vers les multinationales

Le CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement, ou Accord économique et commercial global) est un accord commercial entre l’Union européenne (UE) et le Canada.
Le TAFTA (en anglais TTIP Transatlantic Trade and Investment Partnership) est un accord commercial entre l’Union européenne (UE) et les USA.

Les objectifs de ces accords commerciaux internationaux sont nombreux; ils visent
---> à réduire les droits de douane,
---> à faire disparaître les "barrières réglementaires" au commerce,
---> à libéraliser au maximum le commerce entre les Amériques et l'Europe. Les accords permettraient, par exemple, l'entrée en Europe des poulets lavés au chlore, des bœufs nourris aux hormones et des OGM.
---> à "harmoniser" par le bas les droits acquis par le monde du travail, droits vus par les magnats de l'économie comme un obstacle à la poursuite de leurs profits,
---> à donner aux multinationales investissant dans un pays étranger la possibilité de porter plainte contre un État qui adopterait une politique publique contraire à leurs intérêts,
--->
à instaurer une nouvelle juridiction supranationale et privée, pour règler les différends qui naîtraient entre investisseurs privés et États.

Les négociations CETA comme TAFTA, initiées dès avant l'an 2000 ont été menées dans le plus grand secret, entre fonctionnaires de l'UE, du Canada et des Etats Unis. Le citoyen, premier concerné par les conséquences de tels accords, en particulier par le contenu de son assiette, est tenu à l'écart de ces accords. L'opacité est la règle.

Seule contre tous, la Wallonie résiste aux pressions et demande des comptes. Voici ce qu'en dit Paul Magnette, le ministre-président socialiste de la Wallonie (Belgique) le 24.10.2016:

"Il y a un vrai problème avec la manière dont on négocie ces traités commerciaux. Il y a un vrai problème. Et ceux qui, aujourd'hui, ne le comprennent pas sont en train de préparer une crise du commerce bilatéral (...). En 2001, souvenez-vous, l'OMC nous dit : "On ouvre le cycle de Doha, un nouveau grand cycle de libéralisation multilatéral"... formidable, ouvert... on fait des grandes négociations secrètes, mais on prépare une petite salle dans le coin où les ONG peuvent faire semblant d'être tenues informées. Et, de temps en temps, on vient leur faire coucou, en leur disant: "ça va, vous voulez bien encore un peu d'eau, encore un peu de café?", mais sans rien leur donner comme véritables éléments d'informations et sans débats. Bien, ça ne marche pas et ça ne marchera plus jamais".

L'économie a pris le pouvoir au politique

Force est d'admettre que c'est l'économie (entendue comme la possession des moyens de production + le travail humain) qui crée les produits tant industriels que consommables. C'est l'achat et la consommation des produits par les uns qui créent la richesse des autres.

L'accumulation de richesse vient du déséquilibre entre la valeur réelle des produits (= la valeur de la matière première ou du service + la valeur du travail qui y est inclus) et le prix auquel sont vendus ces produits ou services. La différence constitue le bénéfice. Le bénéfice est la conséquence d'une tromperie sur la valeur et équivaut donc à un vol.

La richesse ou la fortune d'un acteur économique est l'accumulation de tels bénéfices.

Il n'est pas besoin de sortir de St Cyr pour comprendre que la richesse permet d'acheter toutes sortes de choses (y compris des consciences) auxquelles le citoyen lambda n'a pas accès. La richesse donne des pouvoirs.

Les 10 plus grandes entreprises mondiales (Source: Fortune)
Chiffre d'affaires 2014 en milliards de dollars
Walmart (Grande distribution) USA
482
State Grid (Electricité) Chine
330
China National Petroleum
300
Sinopec Group (Pétrochimie) Chine
294
Royal Dutch Shell (Pétrole) Pays Bas-UK
272
Exxon Mobil
246
Volkswagen
237
Toyota Motor
237
Apple
234
British Petroleum
226

 

Les 10 plus grandes entreprises Françaises (Source: Wikipedia)
Chiffre d'affaires 2015 en milliards de dollars
Emplois
Total
143
96.000
Axa
129
98.000
BNP Paribas
112
182.000
Société Générale
108
151.000
Groupe Carrefour
87
381.000
Crédit Agricole
84
71.000
EDF
83
156.000
Engie
76
155.000
PSA
61
187.000
Auchan
60
338.000

 

Les 5 premières fortunes mondiales (Classement Forbes) Domaine Fortune en milliards de dollars
Bill Gates Microsoft 75 milliards
Amancio Ortega Zara 67 milliards
Warren Buffet Coca Cola - Gillette 60,8 milliards
Slim Helu, Téléphonie fixe 50 milliards
Jeff Bezos, Amazon 45,2 milliards
Mark Zuckerberg, Facebook 44,6 milliards

 

Les 10 premières fortunes françaises (Classement Challenges) Domaine Fortune en milliards d'euros
Liliane Bettencourt L'Oréal 31,2 milliards
Bernard Arnault LVMH 30,3 milliards
Gérard Mulliez Auchan 26 milliards
Axel Dumas Hermès 22,3 milliards
Serge Dassault Dassault 20 milliards
A&G Wertheimer Chanel 16,5 milliards
François Pinault Kering 11,3 milliards
Pierre Castel Boissons 0,80 milliard
Patrick Drahi Audio visuel 0,75 milliard
Vincent Bolloré Transport, média 0,73 milliard

 

Il suffit de rapprocher ces chiffres du budget annuel de l'Etat Français (400 milliards d'euros environ) pour comprendre que les pressions exercées par le gouvernement pour sauver des emplois ne font pas toujours le poids.

Pouvoir économique et chantage à l'emploi sont les nouvelles armes du patronat:

A Florange, le magnat de l'acier, Lakshmi Mittal, impose en 2013 l'extinction des hauts-fourneaux.

A Amiens, en 2008 Dunlop restructure et veut imposer le passage au "4 x 8" un système qui fait alterner quatre équipes par périodes de huit jours au lieu des "3 × 8" pratiqués jusqu'ici. En cas de refus, Dunlop prévient qu'il présentera un plan social comportant 478 suppressions de postes.

Même scénario chez Goodyear qui appartient au même groupe Goodyear-Dunlop Tires France; La CGT refuse de signer une restructuration: 478 licenciements.

Le pouvoir passe de l'économie à la finance

Nous avons vu que les banques peuvent créer de la monnaie à partir de rien et prêter plus de 10 fois la valeur de leurs réserves réelles. En utilisant et en spéculant sur la confiance de leurs clients ils fabriquent ainsi des bulles creuses de toute valeur réelle et bâtissent des fortunes par de simples jeux d'écriture (monnaie scripturale).

De même, sur les places boursières, le marché des flux financiers électroniques représente actuellement 25 fois la production mondiale de richesses. Source: Les Echos

Nous avons aussi vu, plus haut, que la succession des déficits budgétaires vient gonfler la dette publique, obligeant les états à recourir à l'emprunt. Qui dit emprunt dit intérêts des emprunts, lesquels viennent s'ajouter au déficit.

Vient le moment où les financeurs exigent des remboursements. Lorsque le budget de l'état ne le permet pas, ou pas suffisamment, il n'y a grosso modo que deux solutions possibles:
--->augmenter les impôts et autres prélèvements... et du même coup le mécontentement populaire,
--->vendre des actifs c'est-à-dire privatiser des biens nationaux.

C'est de cette manière que la Finance s'approprie le pouvoir politique (Voir l'exemple de la Grèce). Dans ces conditions les gouvernements sont confrontés à la double nécessité: Prélever l'impôt et combattre le soulèvement de leurs propres populations, pour satisfaire le pouvoir de la finance.

 

Les conséquences

Le processus de mondialisation se traduit par des accords commerciaux entre les principaux acteurs économiques. Dans ce processus, les Etats ont une marge d'influence réduite et voient leur pouvoir tranféré vers des administrations et des organisations non élues. Le public ne reçoit aucune information et n'a aucun pouvoir sur les décisions qui sont prises.

Les politiques libérales conduisent à l'endettement et rendent nécessaire le recours aux emprunts pour financer la dette publique. Les intérêts des emprunts s'ajoutant au poids de la dette amène les gouvernements à recourir aux privatisations pour combler une part du déficit.

C'est le cercle vicieux qui conduit au démantèlement progressif des services publics et au transfert des services de l'Etat vers le domaine privé.

 

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