Changer de bocal pour
Changer la société


L' autre voie

Rêver d'un autre monde est facile,
construire un autre monde implique qu'on s'attèle à la tâche.

3.1. Quelques principes préliminaires et nécessaires pour (bien) vivre en société

Résumé

Pour bâtir une nouvelle société il faut commencer par lui donner une base solide:
Chaque citoyen doit se sentir concerné et doit s'impliquer de son plein gré dans sa construction et son maintien.
Pour être respecté il doit lui-même être respectueux de l'autre.
Les règles doivent être au service du citoyen, pas de son asservissement.
Le travail et la richesse qu'il produit doivent être équitablement répartis pour le bien être commun.

 

3.1.1. L'homme doit retrouver l'usage de sa conscience

La première condition pour qu'une autre voie soit possible consiste à re-conscientiser l'homme sur la place qu'il doit reprendre dans la société et notamment sur le fait qu'il n'est pas qu'une machine à consommer.

Le constat est sans doute dur à accepter. Et pourtant… La société de consommation l'a matraqué par la publicité omniprésente, l'a conditionné par des slogans flattant ses besoins de bonheur, de liberté et de puissance, en anéantissant ses valeurs d'homme (le respect d'autrui, la générosité, l'altruisme, l'équilibre, le respect de la nature) en les remplaçant par des valeurs artificielles et illusoires (le paraître, l'individualisme et l'égocentrisme, le profit et le sentiment de puissance), procurées par des choses qui ne sont rien d'autre que des objets temporaires et périssables.

L'homme a été dépossédé de sa conscience par la propagande.

Nous sommes cependant suffisamment nombreux (encore) à vouloir rester libres; pas de cette liberté artificielle prônée par le système, mais de la liberté d'exister pleinement en tant qu'homme non conditionné, capable d'avoir la main sur le déroulement de notre propre vie. Nous pouvons montrer par des exemples appropriés la supériorité incontestable de cette liberté là.

 

3.1.2. Le respect de l'autre

On ne peut utiliser un homme comme on utilise un objet. Si chacun apprenait à respecter l'autre il n'y aurait pas tant de gens à vouloir prendre à tout prix une priorité qu'ils n'ont pas lorsqu'ils abordent un rond-point; d'autres ne se rueraient pas sur le buffet d'une réception dès l'annonce de l'ouverture, ou sur l'entrée des magasins à l'ouverture des portes le premier jour des soldes; ils n'essaieraient pas davantage de resquiller une place dans une file d'attente…. Les britanniques (et d'autres) ont ce fair-play; pourquoi pas nous?

Qu'est-ce qui nous fait croire que notre visage pâle nous donne une supériorité sur un visage basané, ou jaune, ou noir, ou blanc? Vivre correctement en société nécessite la mise en œuvre de ce principe de respect de l'autre.

C'est un principe réciproque. On ne peut pas continuer à respecter ceux qui ne respectent pas les autres. La société de consommation a amené les gens à devenir de plus en plus égoïstes. Chacun essaye d'avoir plus que l'autre, et surtout de paraître plus que l'autre. Résultat: on ne supporte plus l'autre. C'est une des raisons pour stopper la poursuite d'une telle société en l'état. Il faut la changer.

 

3.1.3. Responsabiliser c'est apprendre la citoyenneté.

La société de consommation nous a mis sur les rails de l'objet à usage unique: l'objet jetable. Cela a commencé avec les mouchoirs en papier, la serviette de table, puis la nappe puis l'ensemble du couvert. Les briquets sont jetables, les appareils photos ont eu leur période jetable, le rasoir est jetable…

C'est pratique. Plus besoin de s'occuper de rien ! Mais ne plus s'occuper de rien c'est ne plus se sentir concerné, n'être plus responsable de rien…

Les compagnies d'assurances utilisent trop fréquemment l'argument "zéro tracas, zéro blabla"; autrement dit "Assurez-vous chez nous, nous remboursons tous les dégâts sans discuter!" Les utilisateurs le traduisent par "il peut m'arriver n'importe quoi, de toutes façons je suis bien assuré". Autrement dit "je peux faire n'importe quoi sans me soucier de ma responsabilité envers autrui". Je ne crois pas que ce soit le meilleur moyen de réduire les accidents. Ce n'est pas non plus le meilleur moyen de responsabiliser l'automobiliste.

Pour rester dans le domaine de l'auto, il serait bien plus efficace d'apprendre la maîtrise réelle de son véhicule en toutes circonstances que de multiplier les limitations de vitesses et les radars dont l'objectif est prioritairement de remplir les caisses de l'état et non d'améliorer la sécurité. La recherche pour augmenter l'efficacité des radars est financée par les deniers publics pendant que la recherche pour améliorer la santé doit trop souvent recourir à la chasse aux dons et au sponsoring pour poursuivre ses travaux.

Le développement fulgurant de la technologie et du numérique entraîne une robotisation dans tous les domaines. Les processus aussi bien industriels que domestiques sont de plus en plus pilotés par des programmes dits (à tort) "intelligents". Dans le domaine médical, et en particulier chirurgical, l'homme est assisté voire remplacé par des robots. Dans les cuisines, les recettes ne se réalisent plus aujourd'hui en suivant les recettes de nos grands-mères mais de façon presque entièrement automatique pour obtenir un résultat "à la façon" de nos grands-mères. Plus besoin de comprendre le pourquoi ni le comment des choses. Le programme sait faire. Il suffit d'appuyer sur le bon bouton. Et le jour où il y a panne: On ne sait plus rien faire!

Prenez votre ordinateur personnel ou votre téléphone et observez comment ces petits génies savent tout faire à votre place, vous prendre par la main et vous canaliser vers les meilleures applis, vers les clics faits pour vous rendre la vie plus agréable, et vers les pages qui sauront vous faire acheter le dernier truc génial dont vous n'avez nullement besoin. Et essayez maintenant de résister à une mise à jour conseillée mais dont vous ne voulez pas, ou essayez de sortir d'un processus bien ficelé qui vous a canalisé mais qui commence à sentir l'arnaque …. Ah ! la vache ! Impossible de sortir sans être obligé de débrancher le pc ou retirer la batterie du téléphone… Et encore, parfois après relance, vous vous retrouvez là où vous vouliez précisément quitter. Tout est fait pour nous rendre la vie plus belle et agréable. Quelques clics suffisent… pour nous déresponsabiliser de nos actes et même de nos désirs.

Pour toutes ces raisons il est ultra urgent pour l'homme de retrouver et d'utiliser sa capacité à penser et sa pleine conscience.

 

3.1.4. L'écologie devrait être un souci naturel et quotidien

"C'est parce que les citoyens ne sont pas véritablement conscients de l'enjeu de l'écologie que nous sommes obligés d'avoir une écologie politique pour lui donner une place au forceps. Dans la réalité, l'écologie concerne absolument tout le monde. Je suis évidemment reconnaissant envers ceux qui essayent de placer l'écologie dans le débat politique. Mais c'est une anomalie. Car l'écologie est une affaire de tous. C'est ce qui détermine l'existence de tout individu, du phénomène de la vie. Nous sommes donc tous concernés." Pierre Rabhi

La pression exercée par l'idéologie "écolo" commence à porter quelques fruits. Le tri sélectif des ordures ménagères et des déchets se met en place. Des labels "recyclable" fleurissent sur les emballages. Les sacs plastiques disparaissent des commerces. C'est bien.

Cependant, on est encore loin de la prise de conscience généralisée qui amène aux réflexes naturels de ne pas gaspiller l'eau ni l'énergie, d'acheter seulement les fruits et légumes de saison, d'optimiser ses déplacements en voiture, de refuser les paquets de publicités dans la boite à lettres…

 

3.1.5. Mettre le progrès au service de l'homme

Tous les objets fabriqués par le génie du monde moderne devraient avoir vocation à améliorer la condition humaine. La mécanisation, puis la robotisation, ont contribué à alléger le travail humain. Le numérique et l'internet ont permis une explosion de la communication et de l'accès aux savoirs. Pourtant, nous continuons à ne donner que très peu de place à ce qui est indispensable pendant que nous ne mettons aucune limite au superflu.

Nous nous contentons bien souvent de consommer la technologie pour montrer que nous disposons du "dernier cri de la tech" plutôt que de l'utiliser pour approfondir notre connaissance du monde, notre connaissance de notre environnement et finalement notre connaissance de nous-mêmes.


Le progrès tourné en dérision

Le progrès technique a permis, au cours de la seconde partie du 20ème siècle, d'améliorer les conditions de travail; il devient avant tout, aujourd'hui, un moyen de perpétuer le système de la consommation en enrichissant les uns par l'engouement des autres. Autrefois les hommes de pouvoir payaient des conseillers pour inventer de quoi divertir le bon peuple (du pain et des jeux), aujourd'hui la technologie s'en charge et arrive non seulement à donner mais à vendre ses jeux et divertissements à ce même bon peuple.

 

3.1.6. Le partage du travail

Dans notre société, le travail entendu au sens d'emploi, constitue la source de revenus commune à la très large majorité des citoyens: travail manuel (paysans, ouvriers, artisans), employés (fonctionnaires, santé, services), ou travail intellectuel (enseignement, presse et media, …). Les gains de productivité par la mécanisation, la robotisation, l'informatisation ont permis de réduire considérablement le temps de travail global. Tant mieux!

Mais dans le même temps ce gain de productivité met une partie des individus au chômage et les rejette en marge de la société.

Le gain de productivité doit continuer à réduire le temps de travail global mais en partageant entre tout le monde le travail et le revenu du travail. Ce principe de partage du travail sera détaillé au chapitre "changer le modèle social"

3.1.7. Aucune référence à aucune religion

Dans les discussions sur la religion il y a deux mots qui ressortent fréquemment: le mot "foi" et le mot "liberté".

La foi est à la base de toute religion. La foi est une croyance indéfectible en un dogme.

Un dogme est une affirmation considérée par une autorité politique, philosophique ou religieuse comme fondamentale, incontestable et intangible.
Intangible qualifie ce qui échappe au sens du toucher; qui doit rester intact; qui est sacré; qui est inviolable.

Donc quand on est croyant on ne peut rien contester, ne surtout pas remettre en cause le dogme. C'est comme ça, un point c'est tout. Circulez ! y'a rien à voir… ni à redire.

La liberté: bon nombre des gens qui causent de religion revendiquent la liberté de croyance. OK pour la liberté mais de quelle liberté parle-t-on ? Que veut dire "Laissez-moi la liberté de croire"? Laissez-moi la liberté d'être endoctriné sans doute, c'est à dire "laissez-moi la liberté de ne plus être libre", puisque quand on croit on ne discute plus (voir ci-dessus).

La religion a souvent été un moyen de pression utilisé pour maintenir le peuple en état de soumission. Songez par exemple qu'en Turquie et en Egypte, en notre 21ème siècle, la religion des citoyens est encore une mention obligatoire qui figure sur la carte nationale d'identité, au même titre que la taille de l'individu! En Grèce cette obligation n'a été abrogée qu'en 2001.

La religion est un moyen utilisé par les classes dominantes de perpétuer leur pouvoir sur les classes dominées. Le principe en est simple: Il suffit de croire que les désagréments et les souffrances dans ce bas monde constitueront le gage et la garantie du bonheur après la mort. Pour maintenir cette domination, le sabre (l'exécutif de l'Etat) et le goupillon (l'exécutif de l'église) ont été alliés jusqu'à la séparation définitive de l'église et de l'état en 1905 (Une première séparation instaurée en 1794 n'avait pas duré plus loin que 1801).

"Croire" est donc le maître mot de la religion. Ce n'est évidemment pas un hasard si la foi est la première des trois vertus théologales, avant l'espérance et la charité. Avoir la foi c'est adhérer sans réserve. Or ce "sans réserves" est bien pratique puisqu'il exclut toute contestation, toute remise en cause. Dans ces conditions le croyant devient un être soumis. Or, la soumission sans réserve et le dévouement total à une cause ou à un maître sont la définition même de la condition de l'esclave!

"Les premiers seront les derniers" est une autre version de cet opium. En réalité, il n'y aura ni premiers ni derniers; la mort qui est la seule égalité entre les premiers et les derniers, dans cette vallée de larmes, constitue le point final à la phase vivante de l'individu, et le point de départ du recyclage de ses cendres dans le processus de la vie en général.

De tous temps la religion a été l'alliée des pouvoirs en place et a servi de moyen de coercition et de répression. Déjà dans la Grèce ancienne, à partir de 433-432 avant J.-C., un décret condamnait ceux qui ne reconnaissaient pas l'existence des dieux. L'athéisme est exclu des libertés de la Cité et Diagoras de Mélos, convaincu d'agnosticisme, n'échappe à la mort qu'en prenant la fuite. Plus tard, (Saint?) Thomas d'Aquin (1225-1274) n'écrit-il pas: "L'hérésie est un péché pour lequel on mérite non seulement d'être séparé de l'Église par l'excommunication mais encore d'être exclu du monde par la mort"? En 1524, l'humaniste Érasme (1469-1536) approuve encore la mise à mort des hérétiques; (Saint?) Thomas More pense de même!

Huit Guerres de religion se succédèrent de 1562 à 1598 et opposèrent catholiques et calvinistes. Certaines des atrocités commises "au nom de la religion" pendant cette période ont été représentées sur une collection de tableaux, visible au Cabinet des estampes de la Bibliothèque Nationale, à Paris. Y sont représentés différents massacres réciproques entre catholiques et protestants. Les massacres de Nîmes sont notamment révélateurs des atrocités commises: on y voit les protestants jetant des catholiques dans le puits de l'évêque, un capitaine huguenot portant autour du cou un collier fait d'oreilles de prêtres catholiques, et un prêtre assassiné dont on a ouvert les entrailles auxquelles ont été mélangées de l'avoine pour les faire manger par un cheval… Le seul massacre de la St Barthélemy, le 24 août 1572 fera 30.000 victimes au total. La révolte des camisards (1702-1710) fera, quant à elle, 12.000 victimes.

Il faut également se souvenir de l'Inquisition qui se présente comme un tribunal d'exception permanent et qui intervient dans toutes les affaires intéressant la défense de la foi. Elle doit son nom à la procédure inquisitoire qui permet la recherche d'office des suspects par le juge. Créée pour lutter contre les Cathares et les Vaudois, l'Inquisition a ensuite étendu son activité pour une large chasse aux sorcières. C'est à cette époque que Galilée (1564 - 1642), le physicien, mathématicien et astronome italien, fut poursuivi par le Saint-Office. Pour échapper à la mort, il dut abjurer, devant l'Inquisition en 1633, sa théorie selon laquelle la Terre tourne autour du Soleil et ne peut donc pas être le centre du monde. Si Galilée était poursuivi c'est parce que sa théorie remettait en cause les fondements de la religion selon laquelle la Terre est le centre de l'Univers et l'Homme est le maître du monde… après dieu qui avait tout créé tel quel.

L'Inquisition n'aurait pu remplir son rôle sans le concours du pouvoir civil qui lui fournissait ses moyens d'existence et assurait l'exécution de ses sentences. D'ailleurs, à une époque où la vie de toute principauté reposait sur l'unité de religion, les intérêts de l'État et de l'Église se trouvaient, sauf exception, confondus au sein de cette juridiction. La religion a toujours été intimement mêlée à la politique. Les guerres ont principalement deux origines : elles naissent soit d'un conflit économique, soit d'un conflit d'influence religieuse. Dans ce second cas, chaque camp est aveuglé par ses propres croyances et convaincu de la supériorité de sa religion et des valeurs qui y sont liées.

Les deux camps s'entretuent bien plus idiotement que ne le feraient les animaux dépourvus de croyances, puisque non pourvus de conscience. Si aucun des camps n'avait de croyances religieuses, si chacun se contentait de croire en l'Homme tout simplement, les peuples vivraient assurément en meilleure cohabitation. Car on n'assisterait plus alors à la barbarie des guerres de religion, celles qui disent leur nom et celles qui ne le disent pas (Irlande, Afrique du Nord, Moyen-Orient, Balkans).

 

Plus récemment les tueries au nom de l'islam: Charlie, Hyper-cachère, le Bataclan, Nice… constituent des actes barbares indignes de l'Homme moderne qui se dit et se veut intelligent et supérieur à toutes les espèces de la Terre. L'Homo sapiens n'a besoin d'aucune religion s'il est réellement "sapiens".

L'application du principe de séparation de l'église et de l'état et le principe de laïcité inscrit en 1946 dans le préambule de la Constitution devraient conduire à une séparation réelle et non une pseudo séparation. Si la séparation était réelle entre l'église et l'état, elle aurait rendu impossible l'adoption en 1959 de la Loi Debré qui accorde des subventions aux écoles privées sous contrat avec l'Etat. Elle n'aurait pas davantage permis que la loi Jospin de 1989 n'entraîne l'apparition des foulards islamiques dans les établissements scolaires. En conséquence, elle n'aurait pas nécessité une nouvelle loi en 2004 réglementant le port des signes religieux à l'école.

 

Une transition autogestionnaire  

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