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Les media, 4ème pouvoir?

1 - Les media, définition

Le mot média dérive de medium, médian, médiateur, intermédiaire. Grammaticalement il est le pluriel de médium. A ce titre, étant déjà le pluriel de medium (latin), il ne nécessite pas de terminaison "s" dont on l'affuble généralement.
Les media sont des moyens de communication, donc des intermédiaires, entre deux (ou plusieurs) groupes d'individus: affichage, livre, journaux, revues, cinéma, radio, télévision, internet...

La nature intermédiaire des media tient au fait que A veut communiquer avec B mais une communication directe entre A et B est rendue impossible ou difficile pour différentes raisons: B est éloigné de A ou bien A et B ne parlent pas la même langue, ou encore B est multiple (B1, B2, B3,...) et dispersé.
Les media étaient donc des intermédiaires dépendants de l'existence même de A et de B ainsi que de leur volonté de communication.
Si aujourd'hui, les media ont toujours besoin de A et B, ils ont acquis un savoir faire tel qu'ils sont devenus incontournables dans tout processus de communication de masse (d'où le terme mass-media). Ils ont de ce fait acquis une certaine autonomie, voir une autonomie certaine.

C'est précisément cette autonomie, et les comportements qui vont avec, qui autorise leur qualification de quatrième pouvoir, après le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire. D'où leur vient ce nouveau pouvoir?

 

2 - Le pouvoir médiatique

Le pouvoir des mots...

Les mots ne sont pas seulement que des signes écrits ou des sons émis. Leur caractéristique essentielle est qu'ils sont porteurs d'un contenu. Chacun sait que, dits d'une certaine manière et dans un certain contexte, ils peuvent être doux et agréables; et aussi que, dits autrement et dans un autre contexte, ils peuvent être blessants. Leur arrangement peut en faire une poésie ou... un pamphlet.

L'invention de l'imprimerie a permis leur utilisation pour une communication écrite (livres, journaux, lettres, affiches, tracts, réclames...).

L'invention de la radio a rendu cette communication plus rapide et plus performante en ajoutant aux mots un timbre de voix et des intonations.

Puis la télévision, le cinéma... et maintenant l'ordinateur, la tablette, le smartphone... ont ajouté aux mots la magie de l'image.

Internet ajoute à la communication les caractères d'instantanéité, d'universalité et de réversibilité (interactivité).

 

Le super-pouvoir des images...


L’image transmet instantanément une quantité énorme d’informations. Elle peut être, tout aussi instantanément, interprétée par tout individu quels que soient sa langue ou son statut social. Sa caractéristique essentielle est sa capacité à générer instantanément une émotion, que cette émotion soit positive ou négative.

Sa deuxième caractéristique est de porter en elle un pouvoir de fascination. Cette fascination empêche, ou rend beaucoup plus difficile, l'expression d'une critique.

De telles caractéristiques donnent à l'image une supériorité écrasante sur la parole ou les mots. La narration d'un événement heureux, ou d'un accident, ou d'un fait de guerre n'aura pas la force d'impact que la même narration accompagnée d'images, surtout si les images sont "vivantes" (vidéos).

En plus de la charge émotionnelle qu'elle transporte, l'image donne à l'événement un caractère d'authenticité: "C'est vrai! je l'ai vu". Le marketing commercial s'est emparé de cette propriété en affichant dans les rayons des magasins les stickers "Vu à la Télé".

L'usage de ce pouvoir ne présente pas que des avantages. L'image peut devenir un puissant outil de manipulation. Les publicistes l'utilisent dans leurs spots pour créer une atmosphère favorable avant même la révélation du produit; une atmosphère qui amène le désir de savoir, qui mobilise l'attention, qui rend perméable. A tel point que le temps du spot publicitaire consacré au produit lui-même peut devenir dérisoire par rapport au temps de mise en condition. Ne vous est-il jamais arrivé, en regardant ces pubs, de vous demander "...mais où veulent-ils en venir?"

Des images identiques peuvent, par des techniques de manipulation et de présentation, raconter (ou suggérer) des histoires très différentes les unes des autres, comme le montre l'effet Koulechov décrypté ici.

 

... associé au pouvoir de l'argent

Les media télévisuels mettent en oeuvre d'énormes moyens techniques et humains pour la production d'images. Ces moyens nécessitent évidemment des moyens financiers en rapport, ce qui implique deux conséquences:

  • Les media privés sont détenus par de riches propriétaires qui s'en servent pour véhiculer leur image et celle de leurs entreprises commerciales.
  • La rentabilité d'un media passe obligatoirement (et quasi exclusivement) par le recours à la publicité. Ce qui amène à subir des contraintes imposées par les annonceurs en terme de philosophie générale et comportementale du média (ce que l'on appelle la ligne éditoriale).

Le pouvoir de l'argent amène ainsi à choisir, parmi les informations disponibles, celles que le media va développer au détriment d'autres. Ces développements préférentiels qui maximisent telle information et minimalisent telle autre orientent l’information et, ce faisant, manipulent l'opinion.

Ce qui vaut pour l'information, vaut, évidemment, pour la diffusion du divertissement ou de la culture.

 

Les propriétaires des instituts de sondage

CSA Groupe Bolloré
BVA Groupe Bolloré + Drahi + Rothschild
IFOP Laurence Parisot, actionnaire majoritaire
IPSOS Pinault + Fidelity (fonds d'investissement américain)
SOFRES Fidelity (fonds d'investissement américain)

Justifications détaillées sur le site "Parti de Gauche Midi Pyrénées".

On comprendra aisément que les résultats des sondages puissent être "corrigés" dans un sens qui soit favorable aux patrons de ces instituts, notamment en matière électorale (mais pas que).
C'est pour cela aussi que les résultats sortis des urnes diffèrent souvent beaucoup des prévisions annoncées par les sondages préélectoraux.


3 - Information / manipulation

Comme il a été dit ci-dessus, le financement des médias dépend de capitaux privés qui donnent aux apporteurs le pouvoir de modifier l’information en fonction de leurs intérêts.

Audimat
Les recettes publicitaires constituent le "nerf de la guerre" de la plupart des media. Publicité rime avec audience, c'est-à-dire masse des individus qui suivent le media et susceptibles d'être touchés par les spots publicitaires qui y sont diffusés. D'où l
a course à l'audimat nécessitant la mise en oeuvre de techniques de racolage qui risquent de se substituer à l'information objective. La course à l'audimat influe sur le choix des sujets, le développement de chacun des sujets, leur mise en scène pour être à la une ou au contraire être relégués au négligeable.

Interactivité et représentativité
L’auditeur est de plus en plus invité à intervenir à l’antenne pour donner son avis, le téléspectateur est invité à des émissions de débats politiques. Mais est-ce là la démocratie directe ou une mascarade de démocratie? Tout est fait pour que l'auditeur ou le téléspectateur intervenant soit perçu comme le représentant d'une classe d'opinion. En réalité les intervenants extérieurs sont filtrés avant même leur intervention. Dans certaines émissions ils sont préalablement conditionnés pour réagir aux moments propices en applaudissant ou pour brandissant de petites pancartes expressives et préparées à l'avance. Difficile, dans ces conditions d'être représentatif d'une quelconque catégorie de téléspectateurs; représentatif plutôt de la capacité manipulatrice du media en question.

Les techniques
L'audience (le lectorat pour la presse écrite) est l'objectif à atteindre. Pour y arriver, la seule diffusion d'un contenu ne suffit pas; il faut encore que ce contenu soit "habillé" conformément à l'image que le media veut donner; conformément aussi à sa ligne éditoriale.

Une technique très utilisée pour donner de la crédibilité au contenu est le recours aux "experts", ces supposés spécialistes du sujet en cours. Ces experts s'avèrent être souvent de bien piètres spécialistes, ainsi que le montre cet article de Mathias Reymond relevé sur le site ACRIMED. Les experts sont là pour accréditer le message que le media en question veut faire passer.

D'autres techniques, plus simples et moins coûteuses, sont mises en oeuvre pour atteindre l'objectif de persuasion. La répétition des slogans, la mise en valeur de certains détails et l'omission d'autres, la création d'une illusion d'unanimité, l'utilisation de la conformité des propos à la loi, à une coutume, à l'opinion... sont autant de moyens mis en oeuvre pour augmenter l'audience et "vendre" le media aux annonceurs.

 

4 - Media et politique

Le pouvoir acquis par les media depuis quelques décennies est particulièrement visible dans le domaine politique.

Au temps de l'ORTF (disparue en 1974), les chaînes de télévision étaient sous le contrôle de l'Etat. On se souviendra des discours solennels et ex-cathedra du Général de Gaulle. Les temps ont bien changé depuis. La 1ère chaîne de télévision TF1 a été privatisée en 1984 et d'innombrables chaînes privées ont ensuite vu le jour. Leur influence n'a cessé de grandir au point d'être aujourd'hui incontournables, y compris par le pouvoir politique lui-même. Leur influence s'exerce au quotidien sur l'action politique:

  • Par la façon dont ils rendent compte de la mise en oeuvre de la politique intérieure de l'Etat,
  • Par le compte rendu qu'ils font de la politique extérieure et des conflits en cours,
  • Par leur façon de présenter telle ou telle manifestation,
  • Par le compte rendu des débats nationaux,
  • Par le jeu des commentaires et des invitations à débattre...

Dans le débat politique avec les citoyens les media poussent les hommes politiques à la starisation. Les débats politiques publics qu'ils organisent prennent alors l'allure de shows télévisés qui visent plus l'attraction d'audience que la diffusion des idées.

Lors des primaires des présidentielles 2017 il était comique d'observer la soumission des candidats à leurs intervieweurs par des petites phrases révélatrices: "Si vous le permettez M...., j'aimerais ajouter..., sans vouloir vous offenser...." montrant que ce ne sont pas les politiques qui sont maîtres du jeu, mais bien les journalistes.

La dépossession des politiciens passe par l'intrusion dans leur vie personnelle, et parfois intime. Leur habillement, leur look, leurs fréquentations, deviennent plus importants que le contenu de leur discours politique. Ce qui amène à une dépolitisation des débats pouvant aller jusqu'à l'indifférence du public au contenu. Le public ne retiendra alors que: "elle a été bonne", "il a été mauvais"...

L'exercice de ce pouvoir médiatique oblige les politiciens eux-mêmes à utiliser les techniques de communication en faisant appel à des conseillers en communication. Nous sommes passés à l'ère de la politique spectacle.

Le résultat en est que, pour être performant, la forme (l'émotionnel, le populisme...) devient plus important que le fond (analyse, raisonnement...).

A titre d'exemple, voici ce qu'en dit Jean-Luc Melenchon à propos des "Matinales de France Inter"

 

5 - Media et opinion publique

On pense forcément comme son journal habituel;
sinon on en changerait!

Comme déjà dit, la rentabilité d'un média (sauf pour les quotidiens, de plus en plus rares, qui vivent des abonnements de leurs lecteurs) passe par la publicité. Plus l'auditoire est important, plus on peut vendre de spots. Et en corollaire, plus il y a de pub, plus les annonceurs peuvent vendre ce qu'ils ont à vendre. Dit autrement, tout media qui vit de la publicité est nécessairement "un pousse à la consommation".

Ce qui amena (en 2004) Patrick Lelay PDG de TF1 à définir ainsi l'objectif des programmes: "Nos émissions ont pour vocation de rendre [le téléspectateur] disponible: c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages". Le but du media n'est donc aucunement d'informer objectivement le téléspectateur, pas plus que de perfectionner sa culture. Le but est de le divertir agréablement pour qu'il soit réceptif aux "messages"; autrement dit de ramollir son cerveau, de le rendre disponible et perméable, et autant que faire se peut, de réduire au mieux son esprit critique. Donnez-leur du pain et des jeux! vous connaissez la célèbre formule...

Les media fonctionnent souvent de pair avec une autre institution: le sondage d'opinion. Le sondage peut avoir diverses fonctions:

  • Il permet à son commanditaire d'avoir les réponses aux questions qu'il se pose: l'image qu'il a dans l'opinion, ou bien ce que pense l'opinion de telle mesure politique, etc.
  • Il permet surtout au media d'adapter le contenu diffusé à son auditoire et aussi de déterminer les inflexions à apporter à sa ligne éditoriale pour toucher et conquérir une part plus importante de public.
  • Il peut encore utiliser les résultats pour exercer des pressions sur le gouvernement ou la classe politique. Il est alors utilisé à l'instar des manifestations de rue visant à obtenir des avantages ou à éviter un désavantage.
  • Il est aussi utilisé pour tenter de forger l'opinion publique dans un sens favorable au media qui le commande, en matière électorale notamment. Son utilisation vise alors à faire croire que le résultat annoncé par le sondage est un résultat déjà acquis et qu'il ne sert à rien de continuer à être contre. Nous sommes là dans la manipulation à l'état pur...

Il faut noter que, sur ce plan, (à force peut-être de manipulation des résultats?) de plus en plus de sondages se trompent souvent: Ils se sont trompés sur le résultat de la consultation des britanniques sur le Brexit, sur l'élection de Trump aux USA, en France sur le résultat des primaires de droite aux présidentielles de 2017.

 

6 - Faut-il se méfier des media?

L'homme est doté d'une capacité de réflexion qui lui permet d'exercer son sens critique. A l'instar des questions qu'il se pose avant l'utilisation d'un médicament, ou au moment de l'achat d'un simple produit alimentaire, il devrait se poser des questions similaires sur toute information qui vient nourrir son intellect.

"Mais, me direz-vous, on ne peut pas en permanence se méfier de tout, suspecter tout, se poser des questions sur tout..."

Non! Il ne s'agit pas de se mettre la pression pour être stressé par tout et à chaque instant. Nous n'avons pas besoin d'être en éveil permanent pour savoir réagir de façon réflexe à un danger qui se présente dans la vie quotidienne. Ce qui est souhaitable c'est que le réflexe de précaution vis à vis de l'information soit acquis dès le plus jeune âge comme on apprend à se méfier du feu, de l'eau ou d'autres dangers. Se méfier du feu ou de l'eau ne signifie pas que tout feu ou toute eau est dangereuse... à condition que l'on soit en capacité de discriminer de façon réflexe entre l'utile et le dangereux. Une fois ce réflexe de questionnement installé, le cerveau sait faire le reste automatiquement pour enclencher l'analyse systématique. En ce qui concerne le danger des media, il faut bien reconnaître que nous n'y avons pas été préparés, ni dans la famille, ni à l'école.

Lorsque nous décelons une information douteuse, nous avons toujours la possibilité d'en parler autour de nous ou d'aller chercher d'autres sources d'information, de comparer et de réagir à bon escient. Encore faudrait-il accepter que le doute soit un réflexe positif ... et peut-être même salvateur de l'avenir de l'homme pensant.

Un cerveau non sélectif est comme un ordinateur sans anti virus. Il est en risque permanent d'infection.

 

 

Et maintenant, après avoir lu tout ce qui précède, vous méritez bien une petite distraction. Cette distraction est aussi une très grande et très belle leçon de vie. Cliquez sur le lien ci-dessous ou recopiez-le dans votre navigateur.

https://www.youtube.com/watch?v=ROxRkQaWDQI

 

 

7 - Têtes à claques

Lorsqu'un(e) journaliste d'opinion interviewe un(e) invité(e) politique, la simple logique voudrait que cet interview aboutisse à un authentique éclairage des auditeurs de la chaîne audio-télé-visuelle pour que ces derniers puisssent se faire, ou puissent affiner, une opinion sur l'invité politique, sur son discours, sur son projet.

Or, une attitude de plus en plus caractéristique chez les journalistes consiste à interroger leurs invités politiques, non pas pour avoir une réponse claire aux questions posées, mais pour chercher systématiquement à mettre ces invités en difficulté. La technique utilisée consiste à poser une question puis, aussitôt le début de réponse amorcé, à interrompre, à contester, à détourner, à harceler, ... bref, à tout faire pour obtenir la réponse souhaitée par le-la journaliste sans jamais laisser à l'invité la possibilité de répondre posément. La plupart du temps d'ailleurs l'interview tourne à la véritable cacophonie qui noie la réponse attendue par l'auditeur.

L'objectif du journaliste devrait être - par définition - d'informer. Or cette attitude ne vise qu'à faire le "buzz" du media concerné; aucunement à éclairer objectivement les auditeurs.

Parmi ces "journalistes" têtes à claques on pourra notamment écouter Jean-Michel Aphatie sur France Info le matin de 8h30 à 9h00, Ruth Elkrief et Nathalie Levy sur BFMTV, Laurence Ferrari sur i-Télé, Elizabeth Martichoux sur RTL, David Pujadas sur France 2...

 

   

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