Changer de bocal pour
Changer la société

 

Vote - Election - Abstention

 

Résumé

La minorité au pouvoir présente les élections comme l'essence même de la démocratie. Or elle n'en est qu'une facette et une façade. Une facette parce que la démocratie ne peut se réduire au seul droit de vote; c'est le droit du peuple à se gouverner, c'est à dire le droit d'établir et d'appliquer les règles de la vie sociale. Une façade parce que derrière le droit de vote n'existe aucun droit de faire la loi, ni de contrôler ceux qui la font.

Le citoyen, prenant conscience que ce droit de vote est sans effet puisque dénué de tout pouvoir, est amené à manifester sa désapprobation par l'abstention. Faute de prise en compte par les gouvernants, l'abstention prépare les conditions d'une proche explosion.

 

Il est faux de dire que nous avons le droit de vote:

Nous n'avons que le droit
d'élire ceux qui votent.

 

Dans l'esprit du citoyen lambda parler de vote ou parler d'élection est à peu près équivalent. Normal, puisqu'on ne lui demande jamais de se prononcer sur autre chose que sur le choix parmi des candidats à un poste de représentation. Le citoyen choisit celui (ceux) qu'il juge le plus apte à répondre à ses attentes.

La seule circonstance où il a à faire un choix autre qu'un choix de candidat, c'est à l'occasion d'un référendum où on lui demande de choisir entre oui et non à une proposition toute faite.

Jamais il n'a l'occasion de voter une proposition de loi, ou une modification du code du travail, ou un budget...

Or ELIRE un candidat pour le représenter n'est pas du tout la même chose que VOTER une loi qui va le concerner directement. Elire c'est, en effet, donner son pouvoir à quelqu'un d'autre qui, lui, votera la loi ou la décision.

L'élection

Lors d'une élection plusieurs personnes (ou listes de personnes) proposent à l'électeur de le représenter dans les instances décisionnelles (Conseil municipal, Conseil régional, Assemblée nationale, présidence de la République).

L'élection traditionnelle

L'électeur choisit le candidat (ou la liste) qu'il juge le plus apte à défendre ses intérêts ou les intérêts qu'il juge utiles. Ce faisant, il donne mandat au candidat choisi pour le représenter et pour agir en son nom. Si le candidat obtient une majorité de suffrages il devient le mandataire de ses électeurs et son mandat est irrévocable pendant une durée fixée par la Constitution.

Concernant les députés il serait bon que chaque citoyen sache, au moment de mettre son bulletin dans l'urne, que le mandataire élu n'aura aucun compte à rendre à ses électeurs. C'est l'article 27 de la Constitution qui le stipule: "Tout mandat impératif est nul". Le député élu a toute latitude pour discuter les textes en débat à l'assemblée et pour les voter, c'est à dire pour les approuver, ou non, en son âme et conscience. Cette disposition lui ouvre donc la possibilité de faire des promesses avant son élection et d'agir à l'inverse après! Le seul risque qu'il pourrait encourir serait de ne pas être réélu au prochain scrutin... à condition que les électeurs n'aient pas la mémoire trop courte!

Le vote

Le vote (du latin votum voeu) est l'action d'adopter ou de rejeter une décision collectivement débattue pour la rendre applicable. On vote pour adopter (ou rejeter) un budget, un plan d'action, une loi, un traité...

Le vote décide pour notre futur

Dès lors, on comprend que dans notre système représentatif, l'électeur de base n'a pas directement accès au vote. Il a seulement accès à une élection. Ce sont seulement ses représentants élus qui votent les décisions.

Par comparaison, le système en vigueur en Suisse permet un accès et une participation beaucoup plus large et plus directe du citoyen aux décisions qui le concernent, y compris au plan national. Les votations suisses consistent en de fréquentes consultations du citoyen qui peut voter sur de multiples projets sans passer par des intermédiares qui le représentent.

Une des conséquences est que le citoyen se sent concerné et engagé par les affaires de l'Etat.

 

Le vote blanc

Remarque: Compte tenu de la distinction faite ci-dessus entre élection et vote, on ne devrait plus parler de vote blanc mais de bulletin blanc.

Depuis la loi du 21 février 2014, les votes blancs sont comptabilisés de manière séparée des bulletins nuls. Le nombre de votes blancs est mentionné dans les résultats du scrutin. Pour autant, les votes blancs ne sont pas comptabilisés dans les suffrages exprimés. Lorsque l'on met un bulletin blanc dans l'urne c'est comme si on le mettait directement à la poubelle: il ne servira à rien.

Pourtant, le citoyen qui a mis un bulletin blanc dans l'urne a exprimé clairement qu'aucun des choix qui lui sont proposés ne lui convient. L'expression de ce citoyen est donc outrageusement ignorée.

Mettre un bulletin blanc dans l'urne  c'est mettre son avis à la poubelle

Cette non prise en compte du bulletin blanc est un mépris total du votant et de son libre choix: Non seulement le système électoral propose au citoyen des candidats qui, une fois élus, ne respectent plus leurs électeurs, mais de surcroît, il propose au citoyen une illusion de choix élargi par un bulletin blanc qui va direct à la poubelle! Comment les partisans du vote blanc peuvent-ils accepter ce double mépris?

Le vote blanc réduit le poids des insatisfaits: Il y a trois catégories d'insatisfaits:
---> Ceux qui votent "nul" et qui signifient bien souvent leur mécontentement soit en écrivant le nom d'un non-candidat, soit en écrivant une phrase assassine sur le bulletin, soit en raturant ou en déchirant le bulletin...
---> Ceux qui s'abstiennent (voir plus bas leurs motivations)
---> Ceux qui ressentent la pression du devoir électoral mais qui n'ont aucun candidat capable de porter leurs aspirations et qui donc votent "blanc".

Aucune de ces catégories n'est prise en compte dans le calcul des suffrages exprimés. Cependant, leur addition en une seule catégorie: "Les insatisfaits" ferait apparaître une trop grande opposition au système. On applique donc le vieil adage, toujours efficace: diviser pour régner. Chacune des trois catégories paraît ainsi plus faible que les trois additionnées.

Le vote blanc augmente la légitimité du (faux) gagnant: Le gagnant d'une élection ne manque jamais de faire valoir sa légitimité en se fondant sur deux critères:
---> Son score établi, comme nous l'avons vu ci-dessus, sur un % tronqué calculé sans tenir compte des insatisfaits,
---> Le nombre total de citoyens qui ont mis un bulletin dans l'urne. Ce nombre comprend, comme c'est bizarre!, les nuls et les blancs. Pratique non?

Le citoyen qui vote blanc a effectué une première analyse qui aboutit au constat qu'aucun candidat ne lui convient. Pourquoi ne va t-il pas au bout de l'analyse qui devrait exiger un autre système électoral? Voter blanc revient donc, non seulement à accepter le système électoral tel qu'il est, mais à le conforter. Le refus du système électoral ne peut passer que par l'abstention volontaire, seule voie pacifique pour démontrer que les élus n'ont aucune représentativité, ni donc aucune légitimité.

Pourtant, dans une société où la démocratie réelle serait rétablie -- et seulement dans ce cas -- l'élection de représentants honnêtes et contrôlables redeviendrait un processus démocratique qui ne serait plus à bannir. Pour arriver à imposer une telle démocratie il faut refuser ce FAUX CHOIX qu'est le vote blanc. Il faut s'abstenir de voter pour montrer aux élus du système qu'ils ne représentent plus qu'eux-mêmes, et pour les obliger à prendre la sortie...

 

L'abstention


Elections pièges à cons. Ou comment vient-on à l'abstention?

Lors d'une élection présidentielle, dans le système du suffrage universel à deux tours, au premier tour de scrutin le citoyen qui vote choisit le candidat qui lui semble le plus apte à représenter ses idées et ses intérêts. Au deuxième tour il n'y a plus que deux candidats qui ont obtenu chacun environ 15 à 20% de suffrages. Il y a donc 80% de citoyens qui n'ont plus comme choix qu'un candidat qu'ils ne désirent pas. Le vote de notre citoyen (qui se trouve parmi les 80%) n'a servi à rien puisque son candidat est éliminé.

Au second tour, s'il est conséquent avec ses idées il ne peut que voter blanc. Et à nouveau son vote ne servira à rien puisque les votes blancs ne comptent pas comme exprimés. Il devra pourtant supporter, comme 80% de ses concitoyens, le pouvoir de quelqu'un qu'il n'a pas élu. De plus, pendant son mandat " l'élu " oublie ses promesses électorales et exerce son pouvoir au mépris des électeurs. A la prochaine élection le citoyen conséquent, conscient que le nouveau choix qu'on lui propose est à nouveau un faux choix, ne peut que s'abstenir pour refuser ce faux choix. Car s'il vote blanc à nouveau il continue à cautionner le système des élections truquées.

Une seule solution valable : l'abstention active, volontaire et assumée pour faire échec à la fausse démocratie.


L'abstention est devenue plus qu'un désintérêt

L'abstentionnisme grimpant ne traduit pas seulement un désintérêt du citoyen pour la chose publique mais plus généralement un dégoût de la classe politique tout entière, un dégoût des magouilles, des arrangements, voire de la corruption. Elle traduit une très nette perte de confiance dans le système de représentation.

Les Français se sentent exclus des décisions qui les concernent. Les seuls moyens qui restent à leur disposition pour s'exprimer sont la pétition, la manifestation de rue et, dans une certaine mesure, la grève. Le sentiment d'exclusion se mue en colère lorsque le gouvernement fait passer en force (recours à l'article 49.3) des lois dont l'impopularité n'a d'égale que la popularité des manifestations qu'elles ont engendrées.

Dans ces conditions il ne faut pas s'étonner que de plus en plus de citoyens pensent que les élections ne servent plus à rien.

 

Abstention et culpabilisation

Ceux qui votent (autre chose que blanc ou nul) ne représentent plus aujourd'hui que la moitié, à peine, de la population. Pourtant ceux-là, qui croient encore que leur bulletin peut changer le cours de leur vie, ont bien du mal à accepter l'abstention des autres.

Les politiciens professionnels l'acceptent encore moins, car ils se rendent bien compte que si l'abstention augmente encore, leur légitimité n'existera plus, ni la démocratie représentative non plus. Alors adieu leur carrière!

Les arguments développés par les uns et les autres sont:

---> que le suffrage universel a été gagné au cours de longues luttes au cours desquelles beaucoup de nos ancêtres ont payé de leur vie,
---> que les abstentionnistes sont des égoïstes, des paresseux et des profiteurs, et ---> qu'ils n'ont aucun droit à la critique,
---> que l'abstention favorise le Front national et les extrémistes en général.

Voyons cela d'un peu plus près:

 

1 - Des gens ont payé de leur vie pour obtenir le droit de vote

Oui, des gens sont morts pour la démocratie. Mais lorsque ce fut le cas, la démocratie se résumait-elle seulement au droit de vote? La démocratie revendiquée n'était-elle pas aussi la liberté de choisir sa vie? La liberté de vivre simplement du fruit de son travail sans que des profiteurs déjà riches viennent piller une bonne partie de ce fruit?

Sont-ils morts seulement pour que nous puissions avoir la possibilité d'aller choisir, la mort dans l’âme, entre la peste et le choléra?

Non, des gens sont morts parce qu’ils croyaient au droit du peuple à l’autodétermination, parce qu’ils voulaient la démocratie, la vraie démocratie.

Oui, le président de la République est élu au suffrage universel. De ce point de vue cette élection a à voir avec un tout petit peu de démocratie. Elle en aurait bien plus si les candidats à cette élection étaient présentés par le peuple au lieu d'être soit auto désignés (Macron par exemple...) soit désignés par des partis politiques qui ne sont que des clans.

Non, le gouvernement n'est pas démocratique puisque ses membres ne sont pas élus mais nommés (parmi les petits copains du président). Or c'est tout de même le gouvernement qui nous gouverne et ceux-là qui nous gouvernent, ceux-là qui dirigent et orientent notre société, échappent totalement à notre contôle. L'élection du président de la République ne sert donc qu'à nous faire croire que nous sommes en démocratie.

Oui, l'acte électoral est, par essence, démocratique. Mais lorsque cet acte électoral est réduit à la seule délégation de pouvoir à des représentants - les parlementaires de l'Assemblée Nationale et du Sénat - qui en arrivent à mépriser leur électorat, il devient un acte anti-démocratique.

La démocratie représentative, telle que nous la vivons actuellement, est bien plus insultante que ne l'est l’abstention pour la mémoire des combattants pour la démocratie .

Ceux-là qui tentent de culpabiliser les abstentionnistes, savent-ils vraiment d'où vient le suffrage universel?

On peut être amené à mourir pour la défense d'une cause dans plusieurs situations ; par exemple :
---> Lorsqu'on ne laisse aucun choix à l'individu que celui d'obéir à un ordre qui entraînerait lui-même la mort en cas de désobéissance: exemple : obligation de faire la guerre sur ordre de mobilisation en 1914 et 1939.
---> Lorsque la pensée propre à l'individu a été anéantie par la propagande: exemple des jihadistes dont le cerveau a été lavé par daech et l'islamisme radical.

Il faut bien noter que dans ces situations la "cause à défendre" n'est nullement la "cause de l'individu lui-même". Si l'individu était réellement libre il ne choisirait pas de mourir, ni même de risquer sa vie.

De même, les gens du peuple qui sont morts lors de la révolution française sont morts pour défendre, non leurs propres intérêts, mais pour défendre les PROMESSES que les notables de l'époque leur faisaient. On est là plus proches du cas de ceux qui meurent pour les promesses d'un monde idyllique faites par daech que du cas de ceux qui meurent pour instaurer une démocratie authentique. Car les élections qu'on leur promettait n'étaient pas pour le peuple mais seulement pour les censitaires c'est-à-dire les classes riches qui payaient l'impôt (le cens). On a hérité de cette promesse que l'on continue à prendre pour la démocratie…


Petit rappel de l'historique du droit de vote, par la
Direction de l'information légale et administrative (DILA).

En 1791, la France est gouvernée par une monarchie constitutionnelle. Le droit de vote (appelé suffrage censitaire) est restreint aux seuls «citoyens actifs»: les hommes de plus de 25 ans payant un impôt direct (le cens). Les autres, les «citoyens passifs», ne peuvent pas participer aux élections. Le suffrage est indirect car les citoyens actifs élisent des électeurs du second degré, disposant de revenus plus élevés, qui à leur tour élisent les députés à l’Assemblée nationale législative.

Contrairement aux idées reçues, la révolution de 1791-92 n'a pas donné le droit de vote au peuple, mais seulement à une fraction riche de la population: la fraction imposable au cens. Pour être éligible il faut être encore plus riche.

Après la journée du 10 août et la suspension de Louis XVI, l'élection des députés de la Convention a lieu du 2 au 6 septembre 1792. Malgré l'instauration du suffrage universel, seuls deux ouvriers - Jean-Baptiste Armonville et Noël Pointe - sont élus sur 782 députés issus de la bourgeoisie et de l'aristocratie...
Plus de détails sur wikipedia.

 

En 1799 la constitution du 22 frimaire met en place le suffrage universel masculin, limité par des "listes de confiance" à 3 niveaux: Les électeurs désignent au suffrage universel un dixième d’entre eux pour figurer sur les listes de confiance communales, ces derniers choisissent un dixième d’entre eux pour l’établissement des listes départementales, qui eux-mêmes élisent un dixième d’entre eux pour former une liste nationale. Le Sénat choisit ensuite sur cette liste nationale les membres des assemblées législatives.

En 1815 le suffrage censitaire est rétabli. Seuls les hommes de 30 ans payant une contribution directe de 300 francs ont le droit de vote. Pour être élu, il faut avoir 40 ans et payer au moins 1 000 francs de contributions directes, ce qui est considérable pour l'époque.

1820: La loi électorale du 29 juin 1820 dite loi du double vote permet aux électeurs les plus imposés, donc aux plus fortunés, de voter deux fois!!!

1848: Le mouvement révolutionnaire institue la République. Le suffrage universel masculin est alors adopté par le décret du 5 mars 1848.

1945: Il faut cependant attendre l’ordonnance du 21 avril 1944 pour que les femmes de plus de 21 ans accèdent au droit de vote, rendant ainsi le suffrage réellement universel. Les femmes votent pour la première fois aux élections municipales d’avril-mai 1945.

Ce bref historique montre que s'il y a eu du sang versé pour le suffrage universel, cela ne doit pas masquer, ni faire oublier, que le suffrage universel a été avant tout l’œuvre des élites de la bourgeoisie. Il montre très bien que seuls les très riches pouvaient être élus et par conséquent légiférer pour préserver leurs privilèges.

 

2 - Ceux qui ne votent pas n'ont rien à dire

Mais que dire alors des parlementaires eux-mêmes qui s'abstiennent,... les rares fois où ils sont présents au parlement ?

Paradoxalement, parmi ceux qui pointent du doigt les abstentionnistes, nombreux sont ceux qui, au lendemain des élections, se montrent les plus mécontents et les plus critiques vis à vis du gouvernement et de la politique qu'il mène.

Les abstentionnistes sont accusés d’être individualistes, égoïstes, paresseux...

Mais les accusateurs sont-ils plus courageux de déléguer leur pouvoir à quelqu’un d’autre qui s’occupera de la politique à leur place?

Car ces accusateurs, qui se comptent surtout parmi ceux qui ont voté contre le gouvernement en place, sont responsables eux-mêmes d’un gouvernement pour lequel il n’ont pas voté: ils ont participé à cette "fabrique du consentement" et ils ne voient pas que la démocratie représentative se rie d'eux.

Si aujourd'hui un Français sur deux ne vote plus, ce n'est pas principalement par désintérêt pour la chose publique. La plupart de ceux qui ne votent pas ne sont pas obligatoirement contre le principe du vote. Ce sont des citoyens qui ne veulent plus apporter par leur vote leur caution au système.

Il s'agit d'une véritable prise de position politique pour signifier aux autorités qu'ils n'acceptent plus que les élus décident à leur place et que parmi les candidats qui se présentent à leurs suffrages aucun n'est digne de les représenter.

"Je ne vote pas blanc, je ne vais pas voter, c'est différent. J'assume. C'est une prise de position politique, pas un désintérêt. Il n'y a juste jamais personne qui m'a donné envie d'aller voter pour lui et je refuse de voter par défaut."
Une étudiante de l'école de journalisme ESJ de Lille interrogée par France-info

L’irresponsabilité dont se voient accusés les abstentionnistes vient-elle de ceux qui sont déçus ou de ceux qui ont provoqué cette déception?

 

3 - L'abstention favorise les partis extrémistes

Avant les élections, les partis politiques traditionnels tentent de culpabiliser les futurs abstentionnistes en criant "au loup" et en faisant croire que l'abstention favorisera le FN. Puis, aussitôt après l'élection, ces mêmes partis tentent de justifier la faiblesse de leur score en revendiquant des voix qui ont manqué... faute aux abstentions. Cela tendrait à dire que les abstentionnistes - s'ils ne s'étaient pas abstenus - auraient obligatoirement voté pour eux! C'est archi faux! Les élections présidentielles de mai et législatives de juin 2017 apportent un démenti cinglant à cette affirmation mensongère:

  • A la veille des élections présidentielles de mai 2017, les média et les politiques agitaient le spectre du danger de l'élection de Marine LE PEN. Bien que présente au second tour elle a été laminée au second tour. Pourtant les abstentions (+ blancs + nuls) sont passées de 24% à 34% du premier au second tour.
  • Aux législatives qui suivent, l'abstention bat tous les record: 57% ! Pourtant le FN n'obtiendra que 8 députés et 8,75% des voix.

La première chose à se dire est que le score du FN aux élections (comme le score de tout candidat) n'est que le résultat du vote de ceux/celles qui ont voté pour lui.

La deuxième chose est une double question:
--1-> Pourquoi de plus en plus de gens votent FN? N'y a t-il pas de raisons?
--2-> Faut-il trouver des boucs émissaires et se boucher les yeux pour continuer à ne pas voir?

Un sondage IFOP-Valeurs actuelles juste avant les élections européennes du 25 mai 2014 montre que la répartition des opinions politiques des abstentionnistes est, à peu de choses près, la même que les opinions politiques des votants:

 

Vous avez indiqué que vous comptiez vous abstenir ou que vous n'étiez pas certain d'aller voter aux élections européennes du 25 mai. Si le vote était obligatoire, parmi les listes suivantes, pour laquelle y aurait-il le plus de chances que vous votiez?
Intention de vote des abstentionnistes (en %)
Intention de vote des votants certains (en %)
Front National
24
22 à 25
UMP
22
21 à 23
PS et Parti radical de gauche
14
16 à 18
EELV
11
UDI et Modem
10
Front de gauche
7,5
7,5
Debout la république
1,5
Nouvelle donne
1,5
Nouveau parti anticapitaliste
1,5
Divers droite
1
Rassemblement citoyen
0,5
Alliance écologiste indépendante
0,5
Force vie
-
Une autre liste
4
Echantillon de 1638 personnes représentatif de la population âgée de 18 ans et plus.

 


A contre-pied des idées reçues, ce sondage révèle qu'aux européennes, les abstentionnistes voteraient… comme ceux qui ont voté. Donc sans favoriser qui que ce soit!

Dit autrement et plus directement, cela veut dire que les scores obtenus par le FN sont à attribuer à ceux qui ont voté FN et non aux abstentionnistes!

De plus en plus de citoyens s’abstiennent donc; et ce n'est pas pour aller "à la pêche" mais bien pour ne plus cautionner les partis. Et ils démontrent aussi qu’ils ne comptent pas céder aux sirènes de l’extrême droite. Dans ce cadre l’abstention relève d’un acte éminemment politique. Ils en ont assez d’élire un mandataire qui, de fait (article 27 de la Constitution), n’a aucun mandat à respecter et qui fait souvent le contraire de ce à quoi il s’était engagé.

De ceux qui prétendent que l'abstention favorise le FN nous attendons une démonstration chiffrée et justifiée.

Les élections présidentielles du 7 mai 2017 montrent sans ambiguité que l'abstention ne contribue aucunement à favoriser l'extrême droite:
En effet, les reports de voix pour Marine Le Pen au second tour viennent d'abord des électeurs de Dupont-Aignan qui s'est rallié à elle. Ils viennent ensuite d'une bonne moitié des électeurs de Fillon, puis d'une part des électeurs de tous les autres candidats. Ces seuls reports auraient dû se traduire par un gain bien supérieur à 6% des inscrits. Ce ne sont donc pas les abstentionnistes qui ont participé à ce très faible report.

Pendant ce temps, Macron bénéficie d'un report de +25% et les insatisfaits (Abstentionnistes + Blancs et nuls) font un bond de +10%. C'est une réfutation éclatante de la rumeur tenace qui prétend que l'abstention favorise les extrêmes.
Voir les résultats ici.

 

 

Quant aux partis politiques, au lieu de chercher à culpabiliser les abstentionnistes, ils feraient mieux de leur donner envie d'aller voter

    • en arrêtant de se préoccuper exclusivement de leurs propres intérêts
    • en représentant réellement les intérêts de leurs électeurs
    • en arrêtant de les prendre pour des imbéciles
    • et en rendant des comptes sur leurs mandats.

4 - Par contre, l'abstention sur-valorise la déjà maigre représentativité des élus

Explication par un exemple: Elections législatives de 2012. Second tour:(source: Ministère de l'intérieur)
Votants 55,4% Exprimés: 53,27% Abstentions: 44,6%
Les résultats sont donnés en % des suffrages exprimés, soit

Socialistes
29,35%
UMP
27,12%
Front National
13,6%
Front de Gauche
6,9%

 

Si les suffrages étaient calculés sur la totalité du corps électoral (votants + abstentions) les partis ci-dessus ne représenteraient plus que

Socialistes
15,6%
UMP
14,4%
Front National
7,2%
Front de Gauche
3,6%

 

Ce qui est beaucoup moins glorieux et surtout moins représentatif.

Mais le système est conçu de telle façon que quand bien même il y aurait 99% d'abstentions, le 1% restant continuerait de représenter 100% des votants!!

 

L'analyse de l'abstention met en évidence que les partis et les élus n'ont en fait qu'une très faible représentativité du peuple et finalement aucune légitimité.

Dans ces conditions Voter n'est plus un devoir. Le devoir c'est l'abstention.

(Ce mot d'ordre ne serait évidemment plus d'actualité si nous vivions une démocratie authentique!)

 

 

5 - Des slogans dépourvus de sens

Comment peut-on dire et écrire une chose pareille? Dans ce slogan, "voter" est utilisé pour dire "élire". Or dans ce "votez" impératif, on incite les citoyens à désigner des représentants qui vont précisément décider à leur place!

Comment peut-on à la fois dire au citoyen
"Ne laissez pas les autres décider pour vous" et
"Votez pour quelqu'un qui décidera pour vous"?

C'est au contraire, en refusant d'élire qu'on refuse que d'autres décident (votent) à notre place!!! Le vrai slogan devrait donc être: "Ne laissez pas les autres décider pour vous! refusez de voter!"

Ou plus précisément encore: Votez pour l'élection d'une Assemblée Constituante qui permette de réécrire une Constition populaire, une Constitution qui donne réellement le pouvoir au peuple et non plus à des représentants corrompus.

6 - Contre le vote obligatoire

Lorsque l'abstention devient trop importante elle devient une menace pour la classe politique qui craint sa transformation en révolte, voir en révolution. Et dans ce cas... adieu la rente de situation!

Certains pays ont déjà pris les devants en rendant le vote obligatoire:

Dans le canton suisse de Schaffhouse le vote est obligatoire depuis 1876,
En Belgique depuis 1893 (obligation assortie d'une amende de 27 à 137 € et même de bannissement au bout de la quatrième abstention),
En Autriche depuis 1919,
En Australie et au Luxembourg depuis 1924 (100 à 250€ d'amende pouvant aller jusqu'à 1000€ en cas de récidive),
En Turquie, en Grèce (difficultés pour obtenir un passeport ou un permis de conduire), au Costa Rica, au Brésil depuis 1932.
En Bolivie chaque citoyen doit présenter un justificatif de vote pour percevoir son salaire.

Les résultats sont certes probants avec des taux de participation électorale élévés. Mais quelle validité peut avoir un vote contraint (ou pseudo-contraint)? Quelle légitimité même? N'est-ce pas là fermer les yeux sur un système en panne de démocratie réelle? N'est-ce pas la même démarche que celle qui consiste à murer les bidonvilles pour les masquer aux yeux des touristes?

Une démocratie obligatoire n'est pas une démocratie!

Enfin, le sondage cité plus haut montre que si l'abstention était interdite (donc vote obligatoire), le pouvoir politique en place y perdrait 2 à 4 points; celui-ci n'a donc aucun intérêt à vouloir obliger les abstentionnistes qui, dans ce cas, voteraient... plutôt contre le pouvoir en place !!!

 

Pour aller plus loin:

No Vote ! une vidéo de présentation du livre d'Antoine Buéno: manifeste pour l'abstention. Editions Autrement ISBN 9782746744783 160 pages 12 euros.

Antoine Buéno est chargé de mission au Sénat; il est aussi auteur et humoriste.

"Voter c'est abdiquer" d'Antoine Peillon Editions Don Quichotte.

"J'ai pas voté" un film de 46 mn réalisé par Moise COURILLEAU et Morgan ZAHND

La stratégie du bocal un article très bien écrit et drôlement ironique sur "l'urnophilie" - Marie-Christine Lemieux-Couture - août 2012 - Québec.

Je ne vote pas. Pourquoi? une vidéo de Dany Caligula

La chronique de l'humoriste Pierre-Emmanuel Barré censurée par France Inter et diffusée sur Facebook

Présidentielles 2017  

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